A Nantes, l’IRT Jules Verne invente un campus « anti-chômage »

A Nantes, l’IRT Jules Verne invente un campus « anti-chômage »

Mois après mois tombent les chiffres du chômage, toujours plus désespérants. Aussi faut-il saluer une initiative qui vise à lutter contre ce « mal français » en s’attaquant à ses racines : l’inadaptation de notre appareil de formation, le désintérêt des jeunes pour les métiers manuels et pour la technologie, la désindustrialisation. Comment ? Avec une structure radicalement nouvelle, dont le nom ne dira sans doute pas grand chose au public non initié : les IRT – Instituts de recherche technologique.

Ces IRT, lancés en 2011 dans le cadre des « investissements d’avenir », sont des centres de recherche mutualisée. Autrement dit, des lieux où industriels, laboratoires publics, collectivités locales et institutions de formation mettent en commun des équipements de recherche et travaillent ensemble. A la clé, on l’imagine, des économies d’échelle non négligeables.

Pour l’heure, huit IRT sont en chantier. Le plus avancé est l’IRT Jules Verne, à Nantes. Il travaille sur les technologies avancées de production : conception et systèmes complexes, procédés de fabrication (matériaux composites, alliages « exotiques »…), usine du futur (usinage de pièces complexes, contrôle à distance…). Avec des applications majeures dans la construction navale, l’aéronautique, l’énergie et le transport (automobile, surtout).

Lutter contre les « emplois non pourvus »

Mais où trouver les compétences ? Pour cela, l’IRT Jules Verne va édifier un campus qui n’a pas d’équivalent jusqu’alors dans l’Hexagone. Il servira de « centre de ressources » dédié à ces technologies avancées de production, et hébergera une vingtaine de cursus, de tous niveaux – Bac professionnel, BTS, DUT, master (écoles d’ingénieurs) – presque tous en alternance. Même des doctorants y seront accueillis, sous un régime proche de celui des conventions Cifre. La moitié de ces formations seront des créations (BTS composites, BTS soudage, DUT ou licence pro robotique, options d’écoles d’ingénieurs sur l’usinage, les matériaux composites…), les autres des cursus déjà existants, autour de Nantes ou ailleurs. Objectif : former des jeunes à des métiers qui recrutent, et pour lesquels les industriels membres de l’IRT ne trouvent pas – ou pas assez – de candidats. Une façon de lutter contre l’inadmissible phénomène des « emplois non pourvus ». « L’aéronautique et le secteur naval embauchent, l’appareil de formations existe, mais il n’y a pas toujours assez de jeunes qui le rejoignent, explique Stéphane Cassereau, directeur de l’IRT. Au niveau Bac pro ou BTS, par exemple, certains cursus ne sont remplis qu’à 60 % de leur capacité. Ailleurs, il existe des trous dans le dispositif de formation. » Sur les matériaux composites, par exemple, on trouve un Bac pro, mais rien au niveau BTS… Idem pour les procédés métallurgiques. Par la suite, un important volet formation continue devrait aussi voir le jour.

L’engagement des entreprises

Les entreprises membres de l’IRT, de leur côté, s’engagent collectivement à recruter tout jeune diplômé sortant du dispositif. Ce faisant, les responsables du futur campus entendent « apporter des réponses aux problèmes de notre système de formation« . Des problèmes, à vrai dire, depuis longtemps identifiés : inadéquation aux besoins des entreprises, manque d’intérêt des jeunes pour les métiers manuels, cloisonnement excessif des formations, faibles liens avec les entreprises…

Concrètement, le campus de l’IRT disposera de 7000 m2 de locaux, dans une zone industrielle, aux portes de l’agglomération nantaise. De quoi accueillir, à terme, un millier d’étudiants, qui seront en contact quotidien avec les industriels et les chercheurs. Une centaine de chambres sont également prévues. Au total, un investissement de l’ordre de 30 millions d’euros (hors hébergement). Le chantier devrait débuter prochainement, le campus devant être opérationnel pour la fin 2015. Mais dès la rentrée 2014, une centaine d’étudiants devraient être présents sur le site.

Pédagogie innovante

Quant à la pédagogie, elle repose sur trois axes. D’abord, le concept d’atelier-école, avec des séquences d’enseignement conçues autour d’une ligne de production, qui fonctionnera avec des machines « réelles » ou virtuelles. Deuxième principe : la formation à l’innovation et à l’entrepreneuriat sera présente à tous les niveaux. Enfin, l’IRT entend miser le plus possible sur la formation en entreprise – et même développer une véritable expertise sur ce sujet.

En parallèle, un réseau national des formations-clés dans les technologies de production est en cours de création, piloté par l’IRT Jules Verne.

Et pour convaincre les jeunes de rejoindre ce dispositif, un important travail de communication est prévu, notamment en direction des lycées et collèges. « Nous voulons obtenir un changement de regard sur certains métiers industriels qui souffrent d’une pénurie de compétences« , souligne Stéphane Cassereau.

Bien sûr, l’IRT Jules Verne ne prétend pas à lui seul inverser en quelques mois la courbe du chômage ou assurer le redressement productif du pays. Il s’inscrit dans une perspective de long terme. Mais il montre la voie : miser sur la matière grise, la technologie et la formation pour sortir le pays de l’ornière ; faire collaborer tous les acteurs : industriels, collectivités locales, grands laboratoires, écoles et universités ; mettre en commun des moyens et des outils coûteux ; redonner le goût de l’industrie et des métiers manuels ; mobiliser le dispositif de formation à tous les niveaux – quitte à repenser l’enseignement… Bref, innover dans tous les domaines.

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